LA PERFECTION MORALE


LA PERFECTION MORALE.


Les caractères de la perfection morale.
Les caractères de la perfection, présentés par Jésus dans l’Évangile, se développent sur trois points fondamentaux : Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient. Le Maître Divin nous explique pourquoi : car si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense en aurez-vous ? Les publicains ne le font-ils pas aussi ? - Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous en cela de plus que les autres ? Les Païens ne le font-ils pas aussi ? - Soyez donc, vous autres, parfaits, comme votre Père céleste est parfait. (KARDEC, Allan. L’Évangile selon le Spiritisme.)
Kardec commente cet enseignement comme suit :


Puisque Dieu possède la perfection infinie en toutes choses, cette maxime : «Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait,» prise à la lettre, présupposerait la possibilité d'atteindre à la perfection absolue. S'il était donné à la créature d'être aussi parfaite que le Créateur, elle lui deviendrait égale, ce qui est inadmissible. (…) Il faut donc entendre par ces paroles la perfection relative, celle dont l'humanité est susceptible et qui la rapproche le plus de la Divinité. En quoi consiste cette perfection ? Jésus le dit : «Aimer ses ennemis, faire du bien à ceux qui nous haïssent, prier pour ceux qui nous persécutent.» Il montre par là que l'essence de la perfection, c'est la charité dans sa plus large acception, parce qu'elle implique la pratique de toutes les autres vertus.


En effet, si l'on observe les résultats de tous les vices, et même des simples défauts, on reconnaîtra qu'il n'en est aucun qui n'altère plus ou moins le sentiment de la charité, parce que tous ont leur principe dans l'égoïsme et l'orgueil, qui en sont la négation ; car tout ce qui surexcite le sentiment de la personnalité détruit, ou tout au moins affaiblit les éléments de la vraie charité, qui sont : la bienveillance, l'indulgence, l'abnégation et le dévouement. L'amour du prochain, porté jusqu'à l'amour de ses ennemis, ne pouvant s'allier avec aucun défaut contraire à la charité, est, par cela même, toujours l'indice d'une plus ou moins grande supériorité morale ; d'où il résulte que le degré de la perfection est en raison de l'étendue de cet amour.


Nous pouvons donc dire que la (…) vertu, à son plus haut degré, comporte l'ensemble de toutes les qualités essentielles qui constituent l'homme de bien. Être bon, charitable, laborieux, sobre, modeste, ces qualités sont de l'homme vertueux. (…) Celui qui fait parade de sa vertu n'est pas vertueux, puisqu'il lui manque la qualité principale : la modestie, et qu'il a le vice le plus contraire : l'orgueil. La vertu vraiment digne de ce nom n'aime pas à s'étaler ; on la devine, mais elle se dérobe dans l'obscurité et fuit l'admiration des foules. (KARDEC, Allan. L’Évangile selon le Spiritisme.)


Quelle est donc la vertu la plus méritoire de toutes ? Les Esprits Supérieurs répondent :
Toutes les vertus ont leur mérite, parce que toutes sont des signes de progrès dans la voie du bien. Il y a vertu toutes les fois qu'il y a résistance volontaire à l'entraînement des mauvais penchants ; mais le sublime de la vertu consiste dans le sacrifice de l'intérêt personnel pour le bien de son prochain sans arrière-pensée ; la plus méritoire est celle qui est fondée sur la charité la plus désintéressée.

Les qualités morales sont souvent comme la dorure mise sur un objet de cuivre et qui ne résiste pas à la pierre de touche. Un homme peut posséder des qualités réelles qui en font, pour tout le monde, un homme de bien ; mais ces qualités, quoiqu'elles soient un progrès, ne supportent pas toujours certaines épreuves, et il suffit quelquefois de toucher à la corde de l'intérêt personnel pour mettre le fond à découvert. (…) L'attachement aux choses matérielles est un signe notoire d'infériorité, parce que plus l'homme tient aux biens de ce monde, moins il comprend sa destinée ; par le désintéressement, au contraire, il prouve qu'il voit l'avenir d'un point plus élevé.
Les Esprits Supérieurs disent que parmi tous les vices, celui qu’on peut regarder comme radical est l’égoïsme. (…) De là dérive tout le mal. Étudiez tous les vices, et vous verrez qu'au fond de tous il y a de l'égoïsme ; vous aurez beau les combattre, vous ne parviendrez pas à les extirper tant que vous n'aurez pas attaqué le mal dans sa racine, tant que vous n'aurez pas détruit la cause.
Remarquons cependant que, l’égoïsme étant fondé sur le sentiment de l'intérêt personnel, il ne peut être extirpé du coeur que dans la mesure où l’homme s'éclaire sur les choses spirituelles, faisant ainsi de sorte qu’il donne moins de prix aux choses matérielles.


En effet, les Guides Spirituels nous enseignent que (…) de toutes les imperfections humaines, la plus difficile à déraciner c'est l'égoïsme, parce qu'il tient à l'influence de la matière dont l'homme, encore trop voisin de son origine, n'a pu s'affranchir, et cette influence, tout concourt à l'entretenir : ses lois, son organisation sociale, son éducation. L'égoïsme s'affaiblira avec la prédominance de la vie morale sur la vie matérielle, et surtout avec l'intelligence que le spiritisme vous donne de votre état futur réel, et non dénaturé par les fictions allégoriques ; le spiritisme bien compris, lorsqu'il se sera identifié avec les moeurs et les croyances, transformera les habitudes, les usages, les relations sociales. L'égoïsme est fondé sur l'importance de la personnalité ; or le spiritisme bien compris, je le répète, fait voir les choses de si haut que le sentiment de la personnalité disparaît en quelque sorte devant l'immensité. En détruisant cette importance, ou tout au moins en la faisant voir pour ce qu'elle est, il combat nécessairement l'égoïsme. (KARDEC, Allan. Le Livre des Esprits.)
L'égoïsme est frère de l'orgueil et procède des mêmes causes. C'est une des plus terribles maladies de l'âme, le plus grand obstacle aux améliorations sociales. A lui seul, il neutralise, il rend stériles presque tous les efforts de l'homme vers le bien. (DENIS, Léon. Après la Mort.)


Pourtant, (…) l'égoïsme, cette plaie de l'humanité, doit disparaître de la terre, dont il arrête le progrès moral ; c'est au spiritisme qu'est réservée la tâche de la faire monter dans la hiérarchie des mondes. L'égoïsme est donc le but vers lequel tous les vrais croyants doivent diriger leurs armes, leurs forces, leur courage ; je dis leur courage, car il en faut plus pour se vaincre soi-même que pour vaincre les autres. (KARDEC, Allan. L’Évangile selon le Spiritisme.) Ce courage s’acquiert à mesure que nous prenons conscience du sentiment du devoir, inséré dans notre conscience.
Tout être humain porte, gravés en lui, (…) les rudiments de la loi morale. Cette loi reçoit dans ce monde même un commencement de sanction. Une bonne action procure à son auteur une satisfaction intime, une sorte de dilatation, d'épanouissement de l'âme : nos fautes, par contre, amènent souvent à leur suite amertume et regrets. De son côté, le (…) devoir est l'ensemble des prescriptions de la loi morale, la règle de conduite de l'homme dans ses rapports avec ses semblables et avec l'univers entier. Noble et sainte figure, il plane au-dessus de l'humanité, inspire les grands sacrifices, les purs dévouements, les beaux enthousiasmes. Souriant aux uns, redoutable aux autres, toujours inflexible, il se dresse devant nous et nous montre cette échelle du progrès, dont les degrés se perdent à des hauteurs incommensurables. (DENIS, Léon. Après la Mort.)


L’Esprit Lazare, dans une communication insérée dans l’Évangile selon le Spiritisme, affirme : Le devoir est l'obligation morale, vis-à-vis de soi d'abord, et des autres ensuite. Le devoir est la loi de la vie ; il se retrouve dans les plus infimes détails, aussi bien que dans les actes élevés. Je ne veux parler ici que du devoir moral, et non de celui qu'imposent les professions.
Dans l'ordre des sentiments, le devoir est très difficile à remplir, parce qu'il se trouve en antagonisme avec les séductions de l'intérêt et du coeur ; ses victoires n'ont pas de témoins, et ses défaites n'ont pas de répression. Le devoir intime de l'homme est abandonné à son libre arbitre ; l'aiguillon de la conscience, cette gardienne de la probité intérieure, l'avertit et le soutient, mais elle demeure souvent impuissante devant les sophismes de la passion. Le devoir du coeur, fidèlement observé, élève l'homme ; mais ce devoir, comment le préciser ? Où commence-t-il ? où s'arrête-t-il ? Le devoir commence précisément au point où vous menacez le bonheur ou le repos de votre prochain ; il se termine à la limite que vous ne voudriez pas voir franchir pour vous-même.
Le même Guide Spirituel conclut : Le devoir grandit et rayonne sous une forme plus élevée dans chacune des étapes supérieures de l'humanité ; l'obligation morale ne cesse jamais de la créature à Dieu ; elle doit refléter les vertus de l'Éternel qui n'accepte pas une ébauche imparfaite, parce qu'il veut que la beauté de son oeuvre resplendisse devant lui. (KARDEC, Allan. L’Évangile selon le Spiritisme.)


La connaissance de soi.
Allan Kardec pose la question suivante aux Esprits Supérieurs : Quel est le moyen pratique le plus efficace pour s'améliorer en cette vie et résister à l'entraînement du mal ? Un sage de l'antiquité vous l'a dit : Connais-toi toi-même. (KARDEC, Allan. Le Livre des Esprits.)
Devant la difficulté de chacun de se connaître soi-même, le Codificateur demande le moyen d’y parvenir, et obtient la réponse suivante, signée par l’Esprit Saint Augustin :
Faites ce que je faisais moi-même de mon vivant sur la terre : à la fin de la journée, j'interrogeais ma conscience, je passais en revue ce que j'avais fait et me demandais si je n'avais pas manqué à quelque devoir ; si personne n'avait eu à se plaindre de moi. C'est ainsi que j'étais parvenu à me connaître et à voir ce qu'il y avait à réformer en moi. Celui qui, chaque soir, rappellerait toutes ses actions de la journée et se demanderait ce qu'il a fait de bien ou de mal, priant Dieu et son ange gardien [Esprit protecteur] de l'éclairer, acquerrait une grande force pour se perfectionner, car croyez-moi, Dieu l'assistera. Posez-vous donc des questions, et demandez-vous ce que vous avez fait et dans quel but vous avez agi en telle circonstance ; si vous avez fait quelque chose que vous blâmeriez de la part d'autrui ; si vous avez fait une action que vous n'oseriez avouer. Demandez-vous encore ceci : S'il plaisait à Dieu de me rappeler en ce moment, aurais-je, en rentrant dans le monde des Esprits où rien n'est caché, à redouter la vue de quelqu'un ? Examinez ce que vous pouvez avoir fait contre Dieu, puis contre votre prochain, et enfin contre vous-même. Les réponses seront un repos pour votre conscience, ou l'indication d'un mal qu'il faut guérir.
La connaissance de soi-même est donc la clef de l'amélioration individuelle ; mais, direz-vous, comment se juger ? N'a-t-on pas l'illusion de l'amour-propre qui amoindrit les fautes et les fait excuser ? L'avare se croit simplement économe et prévoyant ; l'orgueilleux croit n'avoir que de la dignité. Cela n'est que trop vrai, mais vous avez un moyen de contrôle qui ne peut vous tromper. Quand vous êtes indécis sur la valeur d'une de vos actions, demandez-vous comment vous la qualifieriez si elle était le fait d'une autre personne ; si vous la blâmez en autrui, elle ne saurait être plus légitime en vous, car Dieu n'a pas deux mesures pour la justice. Cherchez aussi à savoir ce qu'en pensent les autres, et ne négligez pas l'opinion de vos ennemis, car ceux-là n'ont aucun intérêt à farder la vérité, et souvent Dieu les place à côté de vous comme un miroir pour vous avertir avec plus de franchise que ne le ferait un ami. Que celui qui a la volonté sérieuse de s'améliorer explore donc sa conscience afin d'en arracher les mauvais penchants, comme il arrache les mauvaises herbes de son jardin ; qu'il fasse la balance de sa journée morale, comme le marchand fait celle de ses pertes et bénéfices, et je vous assure que l'une lui rapportera plus que l'autre. S'il peut se dire que sa journée a été bonne, il peut dormir en paix et attendre sans crainte le réveil d'une autre vie.


Posez-vous donc des questions nettes et précises et ne craignez pas de les multiplier : on peut bien donner quelques minutes pour conquérir un bonheur éternel. Ne travaillez-vous pas tous les jours en vue d'amasser de quoi vous donner le repos sur vos vieux jours ? Ce repos n'est-il pas l'objet de tous vos désirs, le but qui vous fait endurer des fatigues et des privations momentanées ? Eh bien ! qu'est-ce que ce repos de quelques jours, troublé par les infirmités du corps, à côté de celui qui attend l'homme de bien ? Cela ne vaut-il pas la peine de faire quelques efforts ? Je sais que beaucoup disent que le présent est positif et l'avenir incertain ; or, voilà précisément la pensée que nous sommes chargés de détruire en vous, car nous voulons vous faire comprendre cet avenir de manière à ce qu'il ne puisse laisser aucun doute dans votre âme ; c'est pourquoi nous avons d'abord appelé votre attention par des phénomènes de nature à frapper vos sens, puis nous vous donnons des instructions que chacun de vous est chargé de répandre. C'est dans ce but que nous avons dicté le Livre des Esprits. (KARDEC, Allan. Le Livre des Esprits.)


Kardec commente la réponse donnée par Saint Augustin :
Beaucoup de fautes que nous commettons passent inaperçues pour nous ; si, en effet, suivant le conseil de saint Augustin, nous interrogions plus souvent notre conscience, nous verrions combien de fois nous avons failli sans y penser, faute par nous de scruter la nature et le mobile de nos actes. La forme interrogative a quelque chose de plus précis qu'une maxime que souvent on ne s'applique pas. Elle exige des réponses catégoriques par oui ou par non qui ne laissent pas d'alternative ; ce sont autant d'arguments personnels, et par la somme des réponses on peut supputer la somme du bien et du mal qui est en nous. (KARDEC, Allan. Le Livre des Esprits.)
Il découle de ces enseignements, que la connaissance de soi-même est le premier pas pour que l’Esprit puisse atteindre la perfection morale. Le processus de rénovation vers le bien est long, puisqu’il dépend de l’effort de la volonté de chacun dans le sens de son auto-éducation, mais il est inévitable, selon la loi de Progrès à laquelle tous les êtres sont soumis.


En effet, l’Âme, ou l’Esprit étant une création divine, ses diverses réincarnations (…) ont pour but la manifestation grandissante de ce qu'il y a de divin en elle, l'accroissement de l'empire qu'elle est appelée à exercer au-dedans et au dehors, à l'aide de ses sens et de ses énergies latentes.
On peut atteindre ce résultat par des procédés divers, par la science ou la méditation, par le travail ou l'entraînement moral. Le meilleur procédé consiste à utiliser tous ces modes d'application, à les compléter les uns par les autres. Mais le plus efficace de tous est encore l'examen intérieur, l'introspection. Ajoutons-y l'affranchissement des liens matériels, la ferme volonté de s'améliorer, l'union avec Dieu, en esprit et en vérité, et nous verrons que toute religion véritable, toute philosophie profonde trouve là sa source et se résume en ces formules. Le reste, doctrines, formes cultuelles, rites et pratiques, n'est que le vêtement extérieur qui cache aux yeux des foules l'âme des religions.


Victor Hugo écrivait dans le Post-scriptum de ma vie : «C'est au-dedans de soi qu'il faut regarder le dehors... En nous penchant sur ce puits, notre esprit, nous y apercevons, à une distance d'abîme, dans un cercle étroit, le monde immense.»
Cependant, pour que nous puissions faire cette rencontre avec nous-mêmes, en vue de la perfection, il faut, en particulier, apprendre à discipliner nos pensées.
La pensée est (…) créatrice. Elle n'agit pas seulement autour de nous, influençant nos semblables en bien ou en mal ; elle agit surtout en nous. Elle génère nos paroles, nos actions et, par elle, nous construisons chaque jour l'édifice, grandiose ou misérable, de notre vie, présente et à venir. Nous façonnons notre âme et son enveloppe par nos pensées ; celles-ci produisent des formes, des images qui s'impriment dans la matière subtile dont le corps fluidique [périsprit] est composé. Ainsi, peu à peu, notre être se peuple de formes frivoles ou austères, gracieuses ou terribles, grossières ou sublimes ; l'âme s'ennoblit, se pare de beauté, ou se fait une atmosphère de laideur. D’après son idéal, la flamme intérieure s’avive ou s’obscurcit.
Si nous méditons sur des sujets élevés, sur la sagesse, le devoir, le sacrifice, notre être s'imprègne peu à peu des qualités de notre pensée. Voilà pourquoi la prière improvisée, ardente, l'élan de l'âme vers les puissances infinies, a tant de vertu. Dans ce dialogue solennel de l'être avec sa cause, l'influx d'en haut nous envahit et des sens nouveaux s'éveillent.


D’un autre côté, (…) l'étude silencieuse et recueillie est toujours féconde pour le développement de la pensée. C'est dans le silence que s'élaborent les oeuvres fortes. La parole est brillante, mais elle dégénère trop souvent en propos stériles, parfois malfaisants ; par là, la pensée s'affaiblit et l'âme se vide. Tandis que dans la méditation, l'esprit se concentre ; il se tourne vers le côté grave et solennel des choses ; la lumière du monde spirituel le baigne de ses ondes.
Ainsi, (…) il n'est pas de progrès possible sans une observation attentive de soi-même. Il faut surveiller tous nos actes impulsifs, afin d'arriver à savoir dans quel sens nous devons porter nos efforts pour nous améliorer. C’est à nous de pratiquer la discipline de la pensée. Vouloir c'est pouvoir ! La puissance de la volonté est sans limites. L'homme conscient de lui-même, de ses ressources latentes, sent croître ses forces en raison de ses efforts. Il sait que tout ce qu'il désire de bien et de bon doit s'accomplir tôt ou tard, inévitablement, soit dans le présent, soit dans la suite de ses existences, lorsque sa pensée s'accorde avec la loi divine. Et c'est en cela que se vérifie la parole céleste : «La foi transporte les montagnes.» (DENIS, Léon. Le Problème de l’Être et de la Destinée.)
C’est pourquoi les Esprits Instructeurs de la Codification Spirite ont affirmé que l'homme peut vaincre par ses efforts ses mauvais penchants, en ajoutant qu’il (…) y a beaucoup de personnes qui disent : Je veux, mais la volonté n'est que sur les lèvres ; elles veulent, et elles sont bien aises que cela ne soit pas. Quand on croit ne pas pouvoir vaincre ses passions, c'est que l'Esprit s'y complaît par suite de son infériorité. Celui qui cherche à les réprimer comprend sa nature spirituelle ; les vaincre est pour lui un triomphe de l'Esprit sur la matière. (KARDEC, Allan. Le Livre des Esprits.)
Le bonheur n'est pas dans les choses extérieures ou les hasards du dehors, mais seulement en nous-mêmes, dans la vie intérieure que nous savons nous faire. Qu'importe que le ciel soit noir sur nos têtes et les hommes mauvais autour de nous, si nous avons la lumière au front, la joie du bien et la liberté morale au coeur. Mais si j'ai honte de moi-même, si le mal a envahi ma pensée, si le crime et la trahison habitent en moi toutes les faveurs, toutes les félicités de la terre ne me rendront pas la paix silencieuse et la joie de la conscience. (DENIS, Léon. Le Problème de l’Être et de la Destinée.)


Comme le dit Saint Augustin, il faut donc passer nos actions en revue, afin d’identifier les maux à guérir, la connaissance de soi-même étant la clef de l’amélioration individuelle.
En résumé, on peut dire que, la créature humaine doit tout d’abord chercher à se connaître elle-même (…) pour pouvoir orienter son auto-éducation. Cette connaissance est à compléter par celle du destin qui l’attend et qui doit lui servir de cible, afin qu’elle sache vers où et comment diriger son action. Elle doit en même temps connaître les qualités qu’elle doit chercher à développer en elle et les habitudes vicieuses ou les obstacles qui pourraient l’embarrasser dans son travail, habitudes et vices dont il faut qu’elle se débarrasse sans complaisance. Avec la connaissance de à soi-même, indispensable à chaque moment de son évolution pour laquelle toute son action doit se concentrer avec les ressources morales ainsi que ses expériences et celles d’autrui, qui permettent son action dans le plan où il se trouve, l’individu peut très bien guider son auto-éducation. (AGUAROD, Angel. Grandes et Pequenos Problemas.)


Mais, par-dessus tout, cherchons l’amour, l’essence de tout ce qu’il y a de divin en nous, le phare qui guide nos efforts d’auto éducation. A toutes les interrogations de l'homme, à ses hésitations, à ses craintes, à ses blasphèmes, une grande voix, puissante et mystérieuse, répond : «Apprends à aimer !» L'amour est le sommet de tout, le but de tout, la fin de tout. De ce sommet se déploie et s'étend sans cesse, sur l'univers, l'immense réseau d'amour, tissé d'or et de lumière. Aimer est le secret du bonheur. D'un seul mot, l'amour résout tous les problèmes, dissipe toutes les obscurités. L'amour sauvera le monde ; sa chaleur fera fondre les glaces du doute, de l'égoïsme, de la haine ; il attendrira les coeurs les plus durs, les plus réfractaires. (DENIS, Léon. Le Problème de l’Être et de la Destinée.)


L’homme de bien.
Selon les enseignements de la Doctrine Spirite, (…) l'Esprit prouve son élévation lorsque tous les actes de sa vie corporelle sont la pratique de la loi de Dieu et lorsqu'il comprend par anticipation la vie spirituelle. (KARDEC, Allan. Le Livre des Esprits.) L’Esprit incarné qui réunit ces conditions morales, est le prototype de l’homme de bien.
On peut dire que (…) le véritable homme de bien est celui qui pratique la loi de justice, d'amour et de charité dans sa plus grande pureté. S'il interroge sa conscience sur ses propres actes, il se demande s'il n'a point violé cette loi ; s'il n'a point fait de mal ; s'il a fait tout le bien qu'il a pu ; s'il a négligé volontairement une occasion d'être utile ; si nul n'a à se plaindre de lui ; enfin s'il a fait à autrui tout ce qu'il eût voulu qu'on fît pour lui.


Il a foi en Dieu, en sa bonté, en sa justice et en sa sagesse ; il sait que rien n'arrive sans sa permission, et il se soumet en toutes choses à sa volonté.
Il a foi en l'avenir ; c'est pourquoi il place les biens spirituels au-dessus des biens temporels.
Il sait que toutes les vicissitudes de la vie, toutes les douleurs, toutes les déceptions, sont des épreuves ou des expiations, et il les accepte sans murmures.
L'homme pénétré du sentiment de charité et d'amour du prochain fait le bien pour le bien, sans espoir de retour, rend le bien pour le mal, prend la défense du faible contre le fort, et sacrifie toujours son intérêt à la justice.


Il trouve sa satisfaction dans les bienfaits qu'il répand, dans les services qu'il rend, dans les heureux qu'il fait, dans les larmes qu'il tarit, dans les consolations qu'il donne aux affligés. Son premier mouvement est de penser aux autres avant de penser à lui, de chercher l'intérêt des autres avant le sien propre. L'égoïste, au contraire, calcule les profits et les pertes de toute action généreuse.
Il est bon, humain et bienveillant pour tout le monde, sans acception de races ni de croyances, parce qu'il voit des frères dans tous les hommes.
Il respecte en autrui toutes les convictions sincères, et ne jette point l'anathème à ceux qui ne pensent pas comme lui.
En toutes circonstances la

charité est son guide ; il se dit que celui qui porte préjudice à autrui par des paroles malveillantes, qui froisse la susceptibilité de quelqu'un par son orgueil et son dédain, qui ne recule pas à l'idée de causer une peine, une contrariété, même légère, quand il peut l'éviter, manque au devoir de l'amour du prochain, et ne mérite pas la clémence du Seigneur.
Il n'a ni haine, ni rancune, ni désir de vengeance ; à l'exemple de Jésus, il pardonne et oublie les offenses, et ne se souvient que des bienfaits ; car il sait qu'il lui sera pardonné comme il aura pardonné lui-même.


Il est indulgent pour les faiblesses d'autrui, parce qu'il sait qu'il a lui-même besoin d'indulgence, et se rappelle cette parole du Christ : Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre.
Il ne se complaît point à rechercher les défauts d'autrui ni à les mettre en évidence. Si la nécessité l'y oblige, il cherche toujours le bien qui peut atténuer le mal.
Il étudie ses propres imperfections, et travaille sans cesse à les combattre. Tous ses efforts tendent à pouvoir se dire le lendemain qu'il y a en lui quelque chose de mieux que la veille.
Il ne cherche à faire valoir ni son esprit, ni ses talents aux dépens d'autrui ; il saisit, au contraire, toutes les occasions de faire ressortir ce qui est à l'avantage des autres.
Il ne tire aucune vanité ni de sa fortune, ni de ses avantages personnels, parce qu'il sait que tout ce qui lui a été donné peut lui être retiré.


Il use, mais n'abuse point des biens qui lui sont accordés, parce qu'il sait que c'est un dépôt dont il devra compte, et que l'emploi le plus préjudiciable qu'il en puisse faire pour lui-même, c'est de les faire servir à la satisfaction de ses passions.
Si l'ordre social a placé des hommes sous sa dépendance, il les traite avec bonté et bienveillance, parce que ce sont ses égaux devant Dieu ; il use de son autorité pour relever leur moral, et non pour les écraser de son orgueil ; il évite tout ce qui pourrait rendre leur position subalterne plus pénible.
Le subordonné, de son côté, comprend les devoirs de sa position, et se fait un scrupule de les remplir consciencieusement.
L'homme de bien, enfin, respecte dans ses semblables tous les droits que donnent les lois de la nature, comme il voudrait qu'on les respectât envers lui.
Là n'est pas l'énumération de toutes les qualités qui distinguent l'homme de bien, mais quiconque s'efforce de posséder celles-ci est sur la voie qui conduit à toutes les autres. (KARDEC, Allan. L’Évangile selon le Spiritisme.)

En résumant toutes les qualités de l’homme de bien, nous trouvons dans l’Évangile l’exemple du bon samaritain, qui est un véritable modèle à suivre par tous ceux qui souhaitent atteindre la perfection morale. En répondant au docteur de la loi qui lui demande quel est son prochain que l’on doit aimer comme soi-même, le Maître Divin raconte :
Un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho tomba entre les mains des voleurs qui le dépouillèrent, le couvrirent de plaies, et s'en allèrent, le laissant à demi mort. - Il arriva ensuite qu'un prêtre descendait par le même chemin, lequel, l'ayant aperçu, passa outre. - Un lévite, qui vint aussi au même lieu, l'ayant considéré, passa outre encore. - Mais un Samaritain qui voyageait, étant venu à l'endroit où était cet homme, et l'ayant vu, en fut touché de compassion. - Il s'approcha donc de lui, versa de l'huile et du vin dans ses plaies, et les banda ; et l'ayant mis sur son cheval, il le mena dans une hôtellerie, et prit soin de lui. - Le lendemain il tira deux deniers qu'il donna à l'hôte, et lui dit : Ayez bien soin de cet homme, et tout ce que vous dépenserez de plus, je vous le rendrai à mon retour.


Lequel de ces trois vous semble-t-il avoir été le prochain de celui qui tomba entre les mains des voleurs ? - Le docteur lui répondit : Celui qui a exercé la miséricorde envers lui. - Allez donc, lui dit Jésus, et faites de même. (Saint Luc, ch. X, v. de 25 à 37.) (KARDEC, Allan. L’Évangile selon le Spiritisme.)


Quel enseignement le Maître nous donne-t-il ici ? Qu’il ne suffit pas, pour entrer en possession de la vie éternelle, de savoir par coeur les textes des Écritures Sacrées. Ce qu’il faut, ce qui est essentiel pour la réalisation de cet objectif, c’est de mettre en pratique et de vivre la loi d’amour et de fraternité qu’il est venu nous révéler et exemplifier. Jésus enseigne (…) qu’être proche de quelqu’un c’est l’assister dans ses afflictions, c’est le secourir dans ses nécessités, sans demander sa croyance ou sa nationalité. Le Maître nous montre également que nous pouvons tous pratiquer l’amour du prochain, même si nous ne sommes pas bien perçus dans la société, puisqu’il choisit dans sa parabole (…) un homme méprisable aux yeux des juifs orthodoxes, considéré par eux comme un hérétique – un samaritain – et, incroyable ! il le montre comme un modèle, comme un exemple pour ceux qui souhaitent entrer dans les tabernacles éternels ! Ce renégat savait pratiquer de bonnes oeuvres, il savait aimer ses semblables, et pour Jésus, ce qui importe, ce qui compte, ce qui pèse, ce sont (…) les bons sentiments, car ce sont ceux qui façonnent les idées et dynamisent les actions. (…). (CALLIGARIS, Rodolfo. Paraboles Évangéliques.)
En effet, selon Kardec, (…) toute la morale de Jésus se résume dans la charité et l'humilité, c'est-à-dire dans les deux vertus contraires à l'égoïsme et à l'orgueil. Dans tous ses enseignements, il montre ces vertus comme étant le chemin de l'éternelle félicité : Bienheureux, dit-il, les pauvres d'esprit, c'est-à-dire les humbles, parce que le royaume des cieux est à eux ; bienheureux ceux qui ont le coeur pur ; bienheureux ceux qui sont doux et pacifiques ; bienheureux ceux qui sont miséricordieux ; aimez votre prochain comme vous-même ; faites aux autres ce que vous voudriez qu'on vous fît ; aimez vos ennemis ; pardonnez les offenses, si vous voulez être pardonné ; faites le bien sans ostentation ; jugez-vous vous-même avant de juger les autres. Humilité et charité, voilà ce qu'il ne cesse de recommander et ce dont il donne lui-même l'exemple ; orgueil et égoïsme, voilà ce qu'il ne cesse de combattre ; mais il fait plus que de recommander la charité, il la pose nettement et en termes explicites comme la condition absolue du bonheur futur. (KARDEC, Allan. L’Évangile selon le Spiritisme.)


Par conséquent, l’homme de bien est celui qui pratique le sentiment de charité dans tous les actes de son existence.
Dans ce contexte, il faut souligner aussi que les qualités de l’homme de bien sont celles que tout spirite sincère doit chercher pour lui-même. Cela parce que le (…) spiritisme ne crée aucune morale nouvelle ; il facilite aux hommes l'intelligence et la pratique de celle du Christ, en donnant une foi solide et éclairée à ceux qui doutent ou qui chancellent. Pour cela, Kardec affirme : On reconnaît le vrai spirite à sa transformation morale, et aux efforts qu'il fait pour dompter ses mauvaises inclinations.


Pour finir, nous dirons, toujours avec Kardec : Charité et humilité, telle est donc la seule voie du salut ; égoïsme et orgueil, telle est celle de la perdition. Tous (…) les devoirs de l'homme se trouvent résumés dans cette maxime : HORS LA CHARITÉ POINT DE SALUT. (KARDEC, Allan. L’Évangile selon le Spiritisme.)
 



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